"Le testament des abeilles", de Natacha Calestrémé

Publié le par Paco

Le testament des abeilles"Le testament des abeilles", de Natacha Calestrémé
Edition Albin Michel, 2011
Site de l'auteur: c'est ici

Merci aux éditions Albin Michel pour l'envoi de ce roman.

Deuxième roman en un mois que je découvre impliquant dans son intrigue des abeilles... Décidément, quelle mouche m'a piqué! Bon...  

Une belle leçon de vie et de morale qu'est ce roman! L'auteur, journaliste et réalisatrice de documentaires sur l'écologie, l'environnement et l'univers de la santé - notamment -, nous présente une oeuvre aux thèmes très actuels impliquant tout ce qu'elle semble affectionner (je pense), tout ceci dispatcher, imbriqué dans un polar à l'intrigue étonnante et particulière. Le résultat est remarquable, piquant et au combien instructif. L'auteur n'est pas en manque d'arguments pour nous dévoiler avec détails ce que nous réserve Dame Nature si nous continuons à nous comporter avec égoïsme et ingratitude. Mais le testament des abeilles, c'est encore bien plus que cela...

Natacha Calestrémé chatouille des points sensibles dans ce roman qui nous concernent toutes et tous, sans aucune exception. Les problèmes qui touchent notre planète, respectivement les dangers imminents qui la menacent. Enfin... Plutôt LE danger; l'Homme. Pensez-vous que les catastrophes naturelles sont issues de la malchance ou du destin? Certains diront, bien entendu, que c'est la nature qui se déchaîne et se venge ainsi du manque d'égard à son encontre. Cela pourrait être le cas, oui, mais non... C'est l'Homme qui provoque ces désastres par ses agissements; ne croyez-vous pas? Les exemples ne manquent pas; OGM, remaniement de la nature, pluie toxique d'insecticides, pesticides. Et oui! Il faut bien du rendement, de l'argent, du confort non? Ne récoltons-nous pas ce que nous avons semé, justement? Il faudra donc assumer ce que la nature nous retourne par la force des choses. Le testament des abeilles, un titre évocateur croyez-mois. 

"Le jour où l'abeille disparaîtra du globe, les hommes n'auront plus que quatre ans à vivre". A qui la faute?  

Un bon polar? Indiscutablement. Yoann Clivel est major à la troisième division de la police judiciaire de Paris. Un fin limier observateur qui depuis sa plus tendre enfance est passionné par la nature, les insectes ou encore les reptiles. Autant voir se qui se passe au niveau du sol que d'être témoin d'un père jamais là, infidèle, et d'une mère malheureuse. Voilà un homme qui se bat contre des démons qui hantent sa mémoire depuis bien des années, des souvenirs qui le ramènent souvent à son père qui a été assassiné alors qu'il était encore enfant. Yoann garde un secret depuis trop longtemps, un détail qui le ronge profondément. Un personnage tourmenté avec ses faiblesses; on s'attache. Un point sur lequel je reviendrai; les personnages qui sont d'une épaisseur et d'une psychologie bien travaillées. Cela se perçoit dans l'écriture de Natacha Calestrémé qui nous transmet cet aspect avec beaucoup de générosité.  

Yoann Clivel revient sur une affaire qui a débuté en septembre 2008 à Paris, une étonnante affaire de meurtres. Une famille décimée est retrouvée dans un appartement; mère poignardée, fillette égorgée parmi ses peluches et le père lacéré de coups de couteau. Selon la scène de crime et les premiers éléments recueillis, ce père de famille serait devenu fou et aurait finalement retourné l'arme contre lui, plusieurs fois, jusqu'à la mort. Un drame bien malheureux qui va réunir pour cette enquête, orchestrée par Yoann Clivel, Christian Berkman, passionné de moto et de jeux, peut-être un peu trop! Marc Honfleur, le petit nouveau, intelligent, efficace, passionné d'informatique et Jane, jeune femme dynamique au franc-parler.

Quelques jours plus tard, un autre drame survient dans Paris. Treize personnes sont retrouvées mortes dans un immeuble, principalement des familles avec de jeunes enfants. L'évènement dépasse à nouveau l'entendement; aucune trace suspecte, pas de sang, rien! Une femme s'est même jetée par la fenêtre de son appartement sans raison apparente. Empoisonnement? Bioterrorisme? L'affaire devient trop importante pour les hommes de la PJ et l'enquête est remise à la Crim'. Le major Yoann Clivel en a d'ailleurs une grande estime...:

"La Crim' va se ramener, continuai-je. Tu ne peux pas les louper, ils arrivent à trois groupes, ça fait vingt et une personnes en tout, peut-être vingt-cinq. Probablement huit Fort Mondeo qui débarquent en même temps.... Costard, cravate, rasés de près. Ils ne disent pas bonjour et méprisent tout le monde. Le côté con du FBI. Comme il sera vers les 7 h 00 du matin, il est possible qu'ils aient déjà leurs lunettes de soleil..."

Néanmoins, avec l'aval du juge d'instruction, Yoann Clivel va continuer son enquête, d'une manière assez informelle, - voir totalement -, en extirpant des éléments recueillis par la Crim'. Pour lui, les affaires sont liées d'une manière ou d'une autre. Il en aura la confirmation lorsqu'il découvrira un fait étrange reliant les affaires; la représentation d'une fleur de lotus près des scènes du crime. Quelle signification? Peut-être l'oeuvre d'une secte?

Lorsque vingt-huit personnes seront retrouvées mortes quelques jours plus tard dans une tour d'habitations, la tension va monter crescendo, - le rythme du livre également par la même occasion - les média vont jubiler et la population paniquer, à juste titre. Lorsque les enquêteurs s'intéresseront à des cas plus anciens de morts suspectes non élucidées, le constat qui en résulte demeurera totalement affligeant; parmi les victimes se trouvent toujours des enfants de six ans, visiblement surdoués. Et cette fleur de lotus qui pointe à chaque fois ses pétales près des scènes de crime... Quel est le mobile de ces atrocités? 

Parallèlement, un psychothérapeute qui consulte par internet, le Dr Yves Lentoine, entreprend l'analyse d'un nouveau client qui désire rester anonyme. Cet étrange patient, recouvert d'eczéma, qui souffre probablement d'agoraphobie tient un discours plus que troublant. Des propos invraisemblable impliquant un inquiétant document, un texte mystérieux énonçant une prédiction; une prophétie. Au fil des consultations, le diagnostique du Dr Lentoine est clair, cet homme s'avère être très dangereux.

L'enquête menée par Yoann Clivel et son équipe va prendre une tournure inquiétante et va les emmener vers des directions curieuses, inhabituelles. Les investigations les conduiront inévitablement vers des défenseurs de l'environnement, certains passablement excentriques, à l'image de ce vieux guérisseur, Derrone, qui restera assez énigmatique dans ses propos. Il va tout de même leur remettre un étrange papier - une prophétie, encore - qui date de quelques années, écrite par un homme prétendant s'exprimer au nom de la nature; "le Moine des abeilles". Une prédiction alarmante qui va être analysée, fouillée et décortiquée par les enquêteurs qui vont devoir admettre que cet élément est étrangement lié aux ignobles assassinats qui les occupent et qui est donc à prendre très au sérieux.

Comment est-ce possible? Natacha Calestrémé vous le dévoilera au cours de cette intrigue aux nombreuses fausses pistes - merci Natacha! - qui prendra une tournure effroyable mais je dois l'avouer... Fascinante. Certains alliés seront indispensables pour élucider cette enquête complexe, à l'instar de la belle Alisha et même de son petit garçon Nathan qui déclencheront beaucoup d'émotion pour notre major Clivel. Un dilemme...

Je craignais durant la lecture d'aborder des domaines surnaturels, qui échappent aux lois de la nature, par définition. Ce qui aurait été un peu paradoxal. Mais ceci est mal connaître Natacha Calestrémé! L'aspect scientifique est présent à chaque instant et l'auteur nous déploie une puissante intrigue parsemée d'éléments rationnels, sensés et c'est peut être cela finalement qui est inquiétant... Vous comprendrez. Les procédures policières sont également un atout dans ce roman, l’auteur semble s’être parfaitement documentée sur le sujet et franchement cela est appréciable, voir même essentiel. 

Une enquête policière évoluant dans le milieu de l'écologie, ce n'est pas courant, il faut l'admettre. Mais Natacha Calestrémé emmêle, enchevêtre et imbrique tous ces éléments avec adresse, fluidité et surtout exactitude. L'enquête évolue d'une manière logique, les indices tombent au compte-goutte, la tension reste donc constante, l'auteur nous immerge dans ce milieu qu'elle maîtrise parfaitement bien et qui la passionne. Les personnages sont très bien décrits, profonds et nous nous sentons intensément proches. Pas de super héros; des gens ordinaires avec leurs problèmes, leurs galères et leurs faiblesses. Natacha Calestrémé a su leur donner ce côté très attachants, prenants et "vivants". A l'image également de ce petit garçon, Nathan, qui donne un robuste atout à ce roman par sa perception des choses, sa présence, soit par sa personnalité.

L'aspect "visuel" est considérable dans ce roman,  par ses personnages aux portraits bien campés ou encore par ses descriptions précises et rigoureuses; c'est du moins ce que j'ai ressenti. La lecture, au fil des pages, devient une image, puis une succession d'images qui défilent de plus en plus vite pour former finalement notre propre film, une pellicule fournie par l'auteur et déployée par le lecteur.  

Une intrigue qui va vous soulever de terre dès le départ sans demander votre avis, vous jeter ensuite dans les méandres, les dérives et les secrets de l'agro-alimentaire, ou même dans la magie, le charme et la force de la nature, de l'environnement, et qui va vous lâcher enfin, à bout de souffle, vers un dénouement surprenant et relativement bien maîtrisé. La nature, il ne faut pas la provoquer ni la brusquer; elle vous le rendra et vous anéantira. Mais ce qu'il faut retenir surtout, c'est que ce n'est pas elle qui vous détruira, c'est vous-même. Bonne lecture.     

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Alex-Mot-à-Mots 01/06/2012 09:36

Après les fourmis (il y a quelques années) les abeilles. Pourquoi pas.

Paco 01/06/2012 10:10

Ah les fourmis j'ai adoré! :-) ce roman de Natacha Calestrémé est également très bien amené..

Paco 01/06/2012 10:10

Ah les fourmis