Partager l'article ! Entretien avec Roland Sadaune, auteur de polars: "L’épaisseur des personnages est primordiale, surtout pour le personnage central. Ne pas ...
"L’épaisseur des personnages est primordiale, surtout pour le personnage central. Ne pas oublier qu'il a vécu avant le livre. Sa barque doit être remplie, ainsi il traversera l’histoire avec la crainte de couler et n’en sera que plus intéressant." Roland Sadaune.
Roland Sadaune, après la sortie de son dernier roman, "Dauville entre
les planches" a spontanément accepté de m'accorder un entretien. Je le remercie infiniment.
Né à Montmorency, 95, de mère polonaise. Se
passionne très tôt pour la littérature policière. Sa carrière d'artiste peintre ne l'empêche pas d'entreprendre l'écriture d'un roman.
Essai qui se verra transformé par une trentaine de polars et une cinquantaine de nouvelles noires. Ancien membre du bureau de l'association littérature policière "813". Son joker préféré est le
cinéma. Apprécie le ludisme noir qui fait rire jaune.
Source: http://www.polaroland-sadaune.com/
Paco : Roland,
comment allez-vous ?
Roland
Sadaune : pas terrible. Comme le temps, pour employer un cliché, mais
c’est une preuve de bonne santé artistique.
Paco : dites-moi, comment êtes-vous arrivé
dans ce monde de l’écriture ? Êtes-vous un romancier né ou alors il faut mettre cela sur le compte d’une grande part d’apprentissage ?
Roland
Sadaune : par le biais du cinéma qui, vers mes treize ans, m’a
donné l’idée de lire des romans policiers. L’envie d’en écrire m’est venue quelques années plus tard. J’ai alors acheté d’occasion une machine Underwood, et j’ai utilisé énormément
de papier A4. Je suis le parfait autodidacte. En tout. Spécimen largement traité dans la revue Hara-Kiri de l’époque.
Paco : votre tripe, ce sont les romans
policiers. Et je dois admettre que vous arrivez à créer une ambiance splendide, avec des personnages profonds, parfois tourmentés et une intrigue digne d’un grand film noir. Pourquoi ce
choix ? Il n’y a pas que les polars…
Roland
Sadaune : les premiers films que j’aie visionnés étaient des drames ou
des policiers. Thérèse Raquin, Le troisième homme, Cet homme est dangereux… Rien que dans ceux-ci, on trouve le noir, le social et l’action. Mais également, la psychologie, l’atmosphère et l’héroïsme. J’avais
de bonnes bases.
Effectivement, il n’y a pas que le polar ! Au cinéma, il y avait aussi La
colline a des yeux, Massacre à la tronçonneuse, La nuit des masques, Scream… Et chez le libraire, Ma vie de Bill Clinton, Les mémoires du commissaire Broussard, J’ai besoin d’amour de Klaus Kinski…
Paco : pour moi, la recette d’un bon polar
doit avoir les ingrédients suivants. Des personnages bien situés, précis, profonds, avec un caractère fort. Il faut ensuite une intrigue qui sort des sentiers battus – qui surprend le lecteur -
pas facile. Et surtout, et j’insiste sur ce point-là, l’exactitude des procédures policières, à savoir les moyens de preuves utilisés, l’exploitation des éléments, la précision et la subtilité
des interrogatoires, une évolution d’enquête bien travaillée. En ce qui vous concerne, pour vous imprégner de cette atmosphère, comment procédez-vous ? Documentation ?
Observation ? Recherches dans le milieu flic ? Contacts ?
Roland
Sadaune : prenons dans l’ordre.
L’épaisseur des personnages est primordiale, surtout pour le personnage central. Ne pas oublier qu’il a vécu avant le livre. Sa barque doit être remplie, ainsi il traversera l’histoire avec la crainte de couler et n’en sera que plus intéressant.
Une intrigue originale à chaque fois ! Si on ne cherche pas à se répéter de livre en livre, et si, pas facile, on peut éviter ″ l’air du temps ″, il y a une chance d’étonner le lecteur.
Quant à écrire vrai, j’observe et me documente, sans être obsédé par la réalité. Connaître relativement les procédures et organigrammes de base pour, justement, ne pas en abuser et pouvoir, si nécessaire, extrapoler. Sans négliger la part de rêve, bien sûr. En peinture, on parlerait de Transposition Figurative.
Du faux vrai, en quelque sorte.
Paco : je n’ai pas lu toutes vos œuvres, je
le reconnais, mais je pense que j’ai pu vous cerner la moindre. Pour vous c’est le noir qui prédomine dans vos romans. Mais comme je sais aussi que vous êtes peintre, vous savez sûrement jouer
avec les nuances. Plusieurs sortes de noirs pour vous ?
Roland
Sadaune : le noir est l’absence de couleurs et pourtant ses nuances
sont innombrables. Etant donné mon vécu, les tribulations obligées, j’ai été plus programmé pour l’obscurité que pour l’arc-en-ciel. J’essaie de me cantonner dans un gris foncé. En
écriture, je ne m’efforce pas à camper des situations hyper sombres. Quand ça arrive, c’est que… C’est la vie qui est en camaïeu. D’ailleurs, en dessin, je claironne toujours que
dans le Noir et Blanc, la difficulté est de savoir poser les blancs (épargnes du support). Je revendique une certaine noirceur dans mes nouvelles.
Paco : dans « Deauville
entre les planches », toute l’intrigue se déroule dans cette capitale du film américain. L’ambiance, les lieux, les évènements, etc… C’est du réel ou il y a une grande part d’invention dans
votre roman ?
Roland
Sadaune : imaginer une intrigue se déroulant dans un lieu très
connu et y parachuter des personnages n’est pas évident. Je ne souhaite pas concurrencer les cartes Michelin, et en même temps, il faut que le lecteur retrouve les points d’ancrage.
Pour Deauville entre les planches, j’ai eu la chance d’obtenir un maximum d’informations concernant le CID, centre international recevant le
Festival du cinéma américain. Indispensable. Pour le reste, le peintre S. connaît parfaitement cette station balnéaire proche d’Honfleur, paradis des peintres ! Dans ce roman, les décors
sont réels et les situations festivalières le sont presque, quant au reste…
Paco : j’attache beaucoup d’importance pour
les personnages d’un roman. Dans « Deauville entre les planches », vous m’avez impressionné avec la profondeur du personnage principal, flic tourmenté et passablement
frustré. Comment naissent les personnages de vos romans ? Vous les peignez dans votre tête avant de les coucher sur papier ?
Roland
Sadaune : je ne crois pas avoir de procédé pour créer un
personnage. J’apprécie beaucoup ceux de Connelly et Mankell, pour ne citer que mes lectures récentes. Bosch et Wallander, leurs héros, ont de
l’épaisseur, du vécu, un lourd bagage de passif, les digressions y sont légion, et alors ? si elles servent le roman ... Je me permets de rappeler ces mots de Raymond Chandler,
auteur adulé, que j’aie lus dans Le Film noir chez Hazan, et que j’aie placés en exergue de Deauville… : « A nous auteurs on réclame tout le temps de l’action ; si nous arrêtons d’y penser, nous sommes perdus.
Avons-nous un devoir ? Devons-nous faire entrer quelqu’un l’arme au poing ? ».
Pour ma part, je n’ai pas envie de noircir trois cents pages de manuscrit avec un type flingue au poing qui se démènerait tel un gogol ! Mes personnages ont souvent un
sosie dans la réalité, ça me sert de repères.
Paco : Gildas
Ozulé, dit Oz, est un personnage récurrent dans vos polars. Comment est-il né ? A-t-il un homologue réel ? Il peint aussi je crois…
Roland
Sadaune : en fait, le capitaine Gildas
Ozulé est mon second récurrent, dans deux livres, le premier étant le commissaire Stanislas Chimay, qui sévit, lui, dans cinq livres. Ces deux héros n’ont
pas, à ma connaissance, d’homologues réels. Ils sont nés par hasard. Leur première aventure ayant intéressée les lecteurs, j’ai eu le besoin de les faire vivre à nouveau. Diamétralement opposés,
physiquement et moralement. Ozulé, c’est la peinture et le vin. Chimay, ce sont ses deuils et la bière. Ils ne représentent que le quart de mes livres.
Paco : dans « Deauville
entre les planches », nous pouvons suivre les tracas du personnage principal, ressentir dans quelle merde il se trouve… autant dans la vie privée qu’au boulot. C’est important
pour vous, dans vos romans, de parler des problèmes de société ? Vous la voyez comment d’ailleurs ? Noire ?
Roland
Sadaune : ayant toujours ramé, en toutes circonstances, ce qui
était génétiquement prévisible, je me qualifierais de ″ pessi-optimiste progressant dans la grisaille vers un noir de bougie ″.
Les problèmes de société m’interpellent s’ils sont effectifs. Palpables. Réalistes. J’ai trop d’années
d’usine derrière moi, pour réagir aux sons de cloche compulsifs. Mes personnages subissent aussi les revers sociétaux. En général, mes héros les véhiculent mais, souvent, ce sont les
personnages périphériques qui les soulignent. J’ai toujours ressenti une société sombre, alors la marge pour atteindre le noir… C’est ainsi.
Paco : Roland
Sadaune, vous êtes peintre et auteur de romans ou alors auteur de romans et ensuite peintre ? Bizarre cette question… Autrement dit, qu’est ce qui domine ?
Roland
Sadaune : j’aimerais être les deux qui n’en feraient qu’un. Pour le côté
″ image renvoyée ″. Mes expositions peinture polar, Sombres et lumière et Lumières d’ombre, vingt-six
portraits huile d’auteurs, expriment la symbiose peinture écriture. A découvrir ici
Rien ne
domine à mes yeux, excepté sur l’instant, selon la période durant laquelle j’écris ou celle où je peins.
Et le cinéma dans tous cela ? On ne va tout de même pas passer à côté de ce sujet-là… Votre passion de toujours ? J’ai cru
comprendre que le 7ème Art n’avait plus aucun secret pour vous.
Roland
Sadaune : le cinéma fait partie de mes passions. Je pense écrire
parfois avec une vision cinéma. Ma préférence va, bien entendu, aux films noirs et policiers années 50-60. Mais les westerns ne sont pas en reste. Le gore m’a souvent été salutaire,
après de longues journées peinture, pour me défouler en regardant les zombies se faire éclater. Van Damme m’a bien détendu, lui aussi ! Je ne rechigne pas contre les comédies
sentimentales américaines. Au contraire. Je suis moins inspiré par la production actuelle. Ça facilite le choix. Je tiens la chronique Sur l’écran
noir de mes nuits blanches sur le site du festival polar de Cognac. Le lien ici
Paco : dernière question, pouvez-vous
nous dire ce que nous allons découvrir dans votre prochain roman ? Juste histoire de faire envie…
Roland
Sadaune : le prochain, terminé et prévu pour 2012, devrait s’appeler
Gisants-les-Rouen. Son point de départ se réfère aux fameux décrets municipaux concernant l’interdiction faite aux
SDF et autres exclus de séjourner en centre-ville durant la saison touristique. J’y mets en scène trois personnages principaux bien vivants et quelques autres soi-disant morts. L’intrigue se
déroule à Rouen et en forêt de Lyons. Du gris poussier avec une touche de noir d’égouts, peut-être. A couper l’envie de sortir la nuit venue, très
certainement.
Roland Sadaune, merci pour le temps
que vous avez consacré pour répondre à ces questions. J’invite les visiteurs de mon blog à découvrir votre site http://polaroland-sadaune.com qui, comme je l’ai compris, est le prolongement de votre esprit.
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