"Des noeuds d'acier", de Sandrine Collette

Publié le par Paco

Des noeuds d'acier"Des noeuds d'acier", de Sandrine Collette
Editions Denoël, collection Sueurs Froides
265 Pages

Lorsque l'éloignement de toute civilisation, l'individualisme et l'égoïsme mènent à l'aliénation - ou l'inverse -, cela peut faire mal. Sandrine Collette nous le prouve très concrètement et nous brosse un récit dur et très dérangeant. L'auteur, par la trame de son histoire, a choisi de nous démontrer qu'il n'y a pas vraiment de nombreuses marches à franchir pour atteindre la folie la plus pure. Juste quelques ingrédients qui, une fois mélangés, peuvent  transformer des individus en vrais monstres. Elle nous place face à des personnages qui visiblement n'ont depuis longtemps plus de repères - ou n'en ont jamais eus - pour faire la part des choses et ainsi déceler où se trouve cette fameuse barrière entre le bien et le mal. 

Deux personnages clés dans ce roman - deux vieux frères vivant retirés dans la montagne -  vont totalement remettre en question bien des valeurs fondamentales qui régissent notre existence; la conscience, le sens moral des choses et surtout la valeur humaine qui, ici, vont rudement être mis à mal. L'humiliation est totale dans ce roman, très palpable; l'auteur - avec sa plume sadique - nous injecte ce sentiment dégradant dans tout notre organisme, telle une encre putride qui nous contamine rapidement.

Nous nous mettons inévitablement dans la peau du - ou des - personnages qui subissent dans ce roman ce qui me semble être la condition la plus avilissante qui soit; l'esclavagisme et la soumission.

"Je pense souvent à cette histoire le soir quand le dernier patient a quitté mon bureau et que je regarde le parc désert depuis la fenêtre entrouverte. L'affaire Théo Béranger, comme l'ont appelée les médias, j'en ai été témoin et j'aurais payé cher à l'époque pour être ailleurs. Mais elle m'a prise de plein fouet, elle m'a jeté sa brutalité au visage. Parfois j'ai encore du mal à croire qu'il y a des hommes assez fous pour en arriver là; et pourtant j'en ai vu défiler, des détraqués, en vingt ans d'exercice. Tous m'ont prouvé, les uns après les autres, que les histoires vraies dépassent l'imagination dans ce que l'homme peut avoir de déséquilibré et de dangereux."

Théo Béranger, c'est la victime. Cet homme, qui sort juste de prison après avoir purgé une lourde peine pour lésions corporelles graves sur la personne de son frère, n'est pourtant pas la représentation même de la victime. Costaud, dur à cuir, et pourtant. Dès sa sortie de prison, il se retrouve déjà en fuite, n'ayant pas attendu longtemps avant de faire une nouvelle connerie. Aller trouver son frère devenu paraplégique à cause de lui, le narguer, l'humilier, était un passage obligé pour cet homme épris de vengeance et de haine. 

Sa fuite hasardeuse le même au milieu de nul part; nature, colline, montagne, multiples sentiers pédestres en forêt et une maison d'hôtes. Pendant ces quelques jours passés dans cette charmante maison tenue par une vieille femme, Théo Béranger en profite pour faire quelques randonnées dans les alentours, carte en main. Un jour, il décide d'aller un peu plus loin et entreprend ainsi un trekking un peu plus soutenu.

Après quelques kilomètres parcourus dans la forêt, après avoir arpenté bien des sentiers, il se retrouve vers une vieille habitation, située un peu à l'écart du chemin forestier. Devant la ferme pouilleuse, un vieillard, fusil en main. Un vieil homme sur ses gardes qui, visiblement, ne reçoit pas vraiment beaucoup de monde. Salutations d'usage puis, le néant. 

Une cave, des chaînes, de l'humidité. Théo Béranger se retrouve en captivité totale et va passer du statut social d'être humain à celui d'un vulgaire clébard. Pourquoi?

Sandrine Collette nous installe face à une situation très particulière, un phénomène très intéressant au niveau social, même si c'est très extrême. Ici, pas de tueurs psychopathes au sens propre du terme, mais deux vieillards retirés du monde, sans repère, qui n'ont pas une appréciation bien objective des valeurs humaines. Deux personnes qui n'ont jamais dû connaître de règles sociales et qui vont partir à la dérive au détriment de notre victime. L'auteur, dans ce huis clos oppressant, nous fait grandement ressentir ce que peut être l'état d'esclave. Une écriture sadique et cruelle qui ne laisse pas beaucoup de place à l'espoir.  

Comment s'en sortir quand les personnes qui vous retiennent s'adressent à vous en utilisant le terme "Le chien"? Comment s'en sortir lorsque vous remarquez qu'ils vous désignent de la sorte en y croyant vraiment? Totalement déshumanisé, Théo Béranger va tout de même garder espoir, c'est un dur, il n'a pas l'intention de leur fournir une proie facile. Mais ce genre de réflexion, c'est juste au début... Après, peut-être, on obéit, comme un bon toutou...

L'espoir fait vivre, mais le désespoir total laisse-t-il la place à l'obéissance et la soumission?

Est-ce que ce récit pourrait être une réalité? Méfiez-vous si vous habitez dans une région un peu retirée.

Bonne lecture.

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Romain 15/03/2013 21:43

Heureusement que j'ai un chat... ton résumé est vraiment alléchant...non d'un chien ! Merci pour tes envois.

Paco 18/03/2013 09:34



Oui, c'est une histoire assez perturbante; le respect de l'être humain en prend plein la gueule, si j'ose m'exprimer ainsi!


A+



Alex-Mot-à-Mots 14/03/2013 21:20

Bonne lecture ? rien que ton résumé fait trembler de peur....

Paco 18/03/2013 09:35



C'est un peu ce qu'on recherche parfois non? ;-)


A+