"Choquée", de Tania Carver --- les histoires de famille finissent mal, en général...

Publié le par Paco

Choquee-EO.jpg"Choquée", de Tania Carver
Ixelles éditions, 2012

Merci à l'agence Ligaris, à Paris, pour ce roman.

Une bonne découverte ce roman. Quelques ingrédients essentiels à l'élaboration d'un bon thriller sont bien là. A commencer par le rythme soutenu des chapitres qui fonctionne sur le principe du cliffhanger. De courts chapitres de quelques pages qui s'achèvent à un point crucial de l'intrigue, à un moment où les personnages sont, il faut le dire, dans une situation particulièrement difficile.

Vous avez certainement déjà vu ce procédé dans certaines séries télévisées qui agacent grave car il faut patienter une semaine pour enfin poursuivre, encore pire, attendre la sortie de la prochaine saison! L'avantage avec un roman, c'est que nous ne sommes aucunement dépendants de cette méthode; nous sommes les seuls maîtres de notre allure! Par contre, nous subissons le suspense qui est géré par l'auteur et là, nous ne pouvons rien contrôler. C'est le cas ici.  Tania Carver ne nous épargne pas grand chose, voir rien du tout. Son écriture va droit au but, c'est brutal et direct. Faire des détours pour éventuellement soulager le lecteur n'est visiblement pas son truc.  

Deuxième principe pour un bon thriller, les personnages. Dans ce roman de Tania Carver, nous progressons aux côtés de protagonistes bien campés, bien décrits, ce qui implique un certain attachement. La machination diabolique qui donne le corps, le fil rouge à cette histoire, nous atteint pleinement car un sentiment d'inquiétude pour certains personnages nous absorbe complètement au fil de l'intrigue. Avec des protagonistes sans âme, sans personnalité, cet aspect n'apporterait pas grand chose.

Marina Esposito, psychologue criminelle, se retrouve en état de choc devant le cottage de ses beaux-parents qui est la proie des flammes. Nous sommes en Angleterre, à Aldeburgh, une petite bourgade située sur la côte du Suffolk, à l'est du pays. Elle ne se souvient de rien, à part le fait qu'elle est venue rendre visite à ses beaux-parents, avec son mari Phil, flic à la criminelle, et leur petite fille Josephina, âgée de 3 ans. Le constat est tragique; le beau-père est mort, la belle-mère est grièvement blessée, son mari Phil est dans le coma, entre la vie et la mort. Leur petite Josephina? Elle a tout simplement disparue. Et elle-même, que fait-elle à l'extérieur de cette maison en feu? Aucun souvenir. 

Marina Esposito n'y comprend pas grand chose, sa fille ne peut pas s'être envolée par enchantement. Alors qu'elle se trouve à l'hôpital en pleine hystérie, elle entend la sonnerie d'un téléphone dans son sac à main. Premier constat, il ne s'agit pas de son téléphone. Second constat, cette voix métallique au bout du fil: " j'ai ce que vous cherchez... votre fille."

Commence alors une course contre la montre, Marina Esposito devient le pion d'une machination diabolique. Seule au monde, elle devient une cible bien surveillée, un élément astreint à remplir une mission qu'elle découvrira malgré elle. Sa fille étant en otage, elle n'aura pas le choix de se déplacer sur cet échiquier dépravé; des déplacements contrôlés toujours avec un coup d'avance, mais pas par elle. Le seul lien qui la relie à sa fille, ce téléphone portable dont la sonnerie deviendra dorénavant un hymne macabre; "Love Will Tear Us Apart"... 

Marina, une femme abattue qui perd les pédales, anéantie par l'image de sa petite fille en captivité quelque part, perd évidemment son sang-froid et le contrôle d'elle-même. Mais nous découvrons également une femme qui prend force au fil de l'intrigue, un courage qui redonne de l'espoir à tous le monde, même à nous, lecteurs! Une femme qui reprend les commandes de ses capacités professionnelles - psychologue criminelle - et qui va s'en servir pour retrouver et sauver sa fille.

Tout s'emboîte rapidement, tel des matriochkas, ces fameuses poupées russes. L'auteur nous lâche constamment un peu de leste pour nous faire remonter dans l'atmosphère de la compréhension de cette intrigue étonnante et malsaine.

Petit à petit, nous sentons qu'un vieux stratagème qui semble avoir été mis en place depuis des lustres prend toute son ampleur, une affaire probablement familiale - les pires! - des actes inquiétants semblent avoir été commis. Une histoire de responsabilité, de trahison, d'argent, mais aussi de manipulations sur un être psychologiquement faible, un attardé mental qui prend un rôle extrêmement important dans le fil de l'histoire. L'aspect psychologique est assez fort et présent dans cette œuvre. 

Le grand atout de ce roman est les personnages. Les gentils sont très gentils et les méchants très méchants... A l'image de ce couple de tarés machiavéliques et sournois; Lui, manipulateur, froid et sadique. Tellement pervers qu'il va commettre des erreurs 
irréversibles en prenant des risques irrémédiables. Elle, encore plus perverse et sadique, une nymphomane qui aime prendre des coups, une agace-pissette (oui ce mot existe au Canada) qui prend du plaisir intense dans la soumission et dans les tartes dans la gueule qu'elle reçoit grassement et généreusement. "Partie de jambes en l'air" prend en sens plus propre que figuré! 

Et il y a aussi ce tueur originaire des pays de l'Est - un croate semble-t-il - une machine à tuer que ce couple de malades exploite et utilise à leur convenance, à des fins de nettoyages définitifs. Un monstre de muscle qu'on apprendra à bien connaître lui aussi, par ses pensées, ses états d'âme et ses sentiments. Et là, c'est bien joué de la part de l'auteur, car ce genre de personnage très "cliché" est souvent présenté aux lecteurs d'une manière très impersonnelle.

Quel est le rôle de Marina Esposito dans tout ce merdier? 

Le dénouement arrive petit à petit, Tania Carver ne semble pas avoir voulu nous achever avec un dernier coup sur la tête. Tout se dénoue lentement, révélations sur révélations. Petite déception tout de même; j'estime que l'auteur nous en dit un peu trop lors du récit, ce qui m'a permis de deviner - sans trop en être sûr j'avoue - la grande subtilité que nous réserve l'auteur, le grand bluff qui risque de vous surprendre. Ce petit bémol ne casse pas grand chose au récit, car on doute tout de même un bon moment. 

Un bon thriller qui se lit à un rythme soutenu; on ne veut pas lâcher, un bon moment de terreur. Tania Carver ne ménage pas vraiment ses personnages, elle aurait même tendance à les molester sans aucune retenue. Bonne lecture.

Publié dans Littérature anglaise

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Alex-Mot-à-Mots 03/11/2012 10:28

Un tantinet sadique avec ses personnages, cet auteur.

Paco 03/11/2012 11:09

C'est le moins que l'on puisse dire...