Malax, de Marie-Jeanne Urech

Publié le par Paco

Malaxde Marie-Jeanne Urech
Éditions Hélice Hélas / 2016
104 pages

Cet ouvrage fait partie des dix livres sélectionnés pour le prix du meilleur "polar" romand qui sera décerné lors du salon du polar à Lausanne, "Lausan'noir".

Ce récit est très particulier, mais dans le bon sens du terme. C'est froid, assez impersonnel, complètement décalé et très caricatural.

Mais c'est surtout une écriture que je ne vais pas oublier de sitôt. C'est subtil, profond, plein de sous-entendus et il y a même un côté très poétique: une poésie de la vie de tous les jours. C'est un récit très humain dans un univers carrément déshumanisé. Un des nombreux paradoxes de cette histoire complètement délurée.

Une personne s'écroule en pleine rue, une personne parmi tant d'autres. Il s'appelle Pierre, comme la moitié de la ville. L'inspecteur Jean est en charge de l'enquête. La victime s'appelle donc Pierre et il faut juste savoir pourquoi il est mort, sans plus. Si on trouve, tant mieux.

Quelle enquête! Impossible de dire si nous sommes au 18ème siècle ou de nos jours. Dur à dire si nous sommes dans une grande ville ou à la campagne. Tout est fait de paradoxes et c'est franchement fascinant. L'auteur nous pose un nombre incalculable de jalons qui ont le désavantage de nous égarer constamment. Je dis désavantage, mais c'est assez sympa à suivre.

Oui ce récit est atypique car on n'y décerne aucun style précis, c'est un mélange de polar, d'histoire drôle ou encore de pièce de théâtre. L'enquête de Jean est absolument absurde mais elle se tient. Elle avance, à son propre rythme, sans qu'on sache vraiment lequel. Tant que le frigo de la brigade sera vidé de son cadavre pour laisser la place à la dinde de Noël, ça roule!

Le facteur temps est important ici, car il est totalement incontrôlable.

J'ai évoqué avant le côté impersonnel de cette histoire. En effet, l'auteure insiste sur le côté "boulot-dodo" d'une population qui se ressemble, des personnes qui bossent et qui se déplacent ensemble. Et parmi tous ces moutons, il y a l'inspecteur Jean qui doit savoir pourquoi la victime Pierre est morte. C'est très linéaire, froid, comme si nous suivions un film d'animation sans trop de détails. Même les légumes des paysans du coin ont plus de personnalité que la population de la ville!

La vie privée de l'inspecteur Jean sera peut-être la seule petite touche personnelle, soit l'image d'un homme qui a les deux yeux rivés sur son enquête, mais aussi un troisième œil dirigé vers sa femme qui semble déambuler dans un décor un peu flouté.

Au final, une histoire très noire, haute en couleurs - ne cherchez pas c'est voulu... -, qui est à la fois émouvante et qui prête aussi à sourire. Beaucoup de subtilités, de métaphores et de sous-entendus que je ne pense pas avoir décodés dans la totalité!

Franchement ça passe plutôt bien comme histoire!

Bonne lecture.

Publié dans Littérature suisse

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