Chaleur, de Joseph Incardona - chaud dans tous les sens du terme!

Publié le par Paco

"Chaleur", de Joseph Incardona
Éditions Finitude / 2016
146 pages

Cet ouvrage fait partie des dix livres sélectionnés pour le prix du meilleur "polar" romand qui sera décerné lors du salon du polar à Lausanne, "Lausan'noir".

Dans ce bouquin, Joseph Incardona nous emmène en Finlande, plus précisément à Heinola, où se déroulent les championnats du monde d'endurance de sauna. L'entrée en matière est sympa; je retiendrai que les Finlandais forment un peuple qui s'emmerde et qui organise, du coup, plein d'activités invraisemblables et insolites. Donc nous voici au championnat du monde 2016 de sauna. (Et ce n'est pas de la fiction! Cette compétition a réellement existé jusqu'en 2010.)

Igor Azarov,  qui ouvre le bal au niveau des personnages de ce livre, est le challenger frustré de cette compétition, toujours 2ème, jamais au sommet de ce championnat de têtes brûlées (mouais...). Igor, cet ancien sous-marinier russe, prendra très au sérieux cette épreuve, comme si sa vie en dépendait! Son but sera de détrôner une fois pour toute le maître incontesté de ce concours, Nico Tanner, acteur de films porno.

Nous suivrons deux styles de personnes bien distinctes: Igor le Russe, vie saine, sportif, exigeant avec lui-même, allant jusqu'à la souffrance (souffrir pour se faire pardonner?). Et bien sûr Nico le hardeur, un boit-sans-soif, immature et vulgaire, mais aussi un personnage vrai et parfois même touchant.

L'auteur nous offre deux portraits d'hommes qui sont totalement différents, mais qui gardent tout de même un point commun, celui de se dépasser, pour des raisons bien distinctes. Cette compétition, pouvant être qualifiée de ridicule - à juste titre -  est un bon élément de fond dans cette histoire pour mettre en avant quelques notions sur la nature humaine.

Ces comportements nous poussent peut-être au départ à sourire, un rictus moqueur au coin des lèvres, voire même à ressentir une certaine pitié face à cet orgueil et cet esprit de compétition face à un événement aussi con. Mais, au final, nous pouvons ressentir une certaine admiration face à des hommes qui veulent juste se dépasser et ressortir peut-être un peu plus "grands".

L'écriture de Joseph Incardona reste fidèle à elle-même: crue, parfois vulgaire, sans détour, allant droit au but. Ce qui est sûr, avec un tel style, c'est qu'on n'est pas prêts de s'ennuyer! C'est rapide, cash, trash, bref, ça déchire pas mal les pages. (Sens figuré...).

Ce que j'estime être ici un joli exercice de style, c'est le fait de captiver le lecteur jusqu'à la dernière page avec une histoire de championnat d'endurance de sauna. L'auteur aurait opté pour le championnat du monde des écraseurs de moustiques qu'il n'aurait pas moins captivé son lectorat! (Record, 21 moustiques en 5 minutes sans l'aide d'objet. Oui car cela aussi est bien réel...)

Finalement, ce n'est pas ce qui se passe qui est important, mais plutôt comment cela se passe et pourquoi. Il y a des choses dans la vie qui ne comptent pas pour certains, mais qui s'avèrent vitales et prioritaires pour d'autres. 

C'est un élément que je retiendrai ici et que je respecterai.

Bonne lecture.

Publié dans Littérature suisse

Commenter cet article