"Selfies", de Jussi Adler-Olsen

Publié le par Paco

"Selfies", de Jussi Adler-Olsen
Editions Albin Michel / 2017
619 pages


Le Département V, j'imagine que cela vous parle? Si vous connaissez déjà un peu les romans de Jussi Adler-Olsen, je pense que ce département de la police danoise, conduit par l'excellent mais désagréable Carl Mørck, ne vous est pas inconnu!

Le Département V, c'est une brigade qui s'occupe d'éplucher les affaires désormais classées. Une voie de garage? Non, pour moi, c'est tout à fait l'inverse. C'est un excellent moyen de démontrer que tu es capable de mettre la lumière sur une affaire qui est restée au point mort jusqu'à présent.

Carl Mørck l'a bien compris. Avec ses coéquipiers Assad et Rose, il a déjà bien fait ses preuves jusqu'à maintenant. Mais cette fois-ci, c'est aussi un combat interne qu'il va mener: sauver le Département V des coupes budgétaires. Les preuves, il les a montrées, mais visiblement elles se sont effeuillées petit à petit en montant les échelons qui mènent aux "décideurs".

Soit...

1995. La petite Dorrit, danoise issue d'une famille germanique, est témoin d'une dispute familiale entre ses parents et ses grands-parents. Elle sera également témoin, un peu par-hasard, des activités de son grand-papa lors de la Seconde guerre mondiale. Témoin de trop de choses, finalement.

20 ans plus tard, Denise - elle a changé de prénom - vit ou plutôt survit dans une petite chambre de bonne. Sa mère, autant démunie que sa fille, vit - non, survit! - dans la même bicoque, au rez-de-chaussée. La grand-mère, vieille casse-couilles moralisatrice est, quant à elle, assez blindée de thune.

Denise est une habituée des services sociaux. Sans job, sans fric, sans trop de compétences, mais par contre munie d'une belle gueule de bimbo, elle se débrouille comme elle peut, parfois en arpentant le trottoir.

Les services sociaux seront justement au centre de cette histoire. L'auteur met le projecteur sur une catégorie bien précise de personnes ayant besoin de leurs services: des jeunes filles, de loin pas désagréables à regarder, toujours bien fringuées, mais la tête aussi vide que leur portemonnaie. Bref, des tire-au-cul limite déjà fatiguées de devoir ouvrir les yeux le matin, à part peut-être pour les maquiller pendant des plombes. Une catégorie de personnes qui énerve au plus haut point les employées de ce service de l'Etat.

Telles que ces cruches sont décrites ici, on aurait presque envie de les massacrer à coups de maillet sur la tête. D'ailleurs, c'est ce qui va plus ou moins se passer ici: une personne a décidé de s'en prendre à ces petites écervelées hautaines.

Pour revenir à l'interne, soit au Département V, on pourra malheureusement apercevoir que Rose ne va pas bien du tout depuis quelques temps. Elle va gravement péter une durite et descendre dans des abîmes aux fonds terriblement mouvants. Rose est à deux doigts de sectionner le seul fil qui la retient encore ici... vous verrez pourquoi et comment.

L'intrigue, qui a plusieurs fronts, est intéressante. Nous avons notamment à faire à une personne que je vais qualifier de standard, très respectueuse, bosseuse, mais peut-être faible et, surtout, qui a été poussée à bout. (Je ne parle plus de Rose). Et ici l'auteur va nous démontrer comment un individu tel que je l'ai décrit peut devenir haineux, dangereux et déséquilibré.

Dès lors, en tant que lecteur, nous allons presque nous demander si nous ne serions pas pareils dans de telles circonstances. On en revient donc à cette problématique de la "justice" qui baigne ici dans son état le plus primitif! Faire sa propre justice.

Perdre pied et naviguer à vue, aveuglé par la haine, la frustration puis la folie, voilà le bilan d'une personne qui a perdu tous ses repères. Nous verrons jusqu'où peut conduire une situation qui place un individu dans le rôle d'une victime face à une injustice, ou du moins que lui estime injuste... Cette personne-là va se "prendre au jeu" jusqu'au bout et fixer des règles fatales. Fatales pour qui?

Nous allons ensuite, avec Carl Mørck et Assad, décortiquer la vie de Rose, enlever chaque pétales, un par un, pour tenter de savoir pourquoi il y a autant d'épines accrochées à son âme.

Et pour finir, toujours avec les enquêteurs du Département V, nous allons nous pencher sur un double meurtre crapuleux.

Bien évidemment, des liens directs, voire indirects, même peut-être des hasards vont aider à rassembler toutes ces affaires, jusqu'à un dénouement assez classique, mais très bien réalisé.

Bonne lecture.

Commenter cet article