"Charade", de Laurent Loison

Publié le par Paco

"Charade", de Laurent Loison
Éditions Nouvelles plumes / 2016
422 pages

Ce roman est édité aux Éditions Nouvelles plumes. Étant donné que je n'ai jamais entendu parler de cet éditeur, je suis évidemment allé jeter un œil et je dois dire que c'est assez atypique! Cet éditeur, qui publie que les premiers romans, relaie les manuscrits à un comité de lecteurs qui, par un avis libre et neutre, note l'ouvrage. C'est, en gros, de cette manière que le roman verra le jour ou non.

Dans cette intrigue, nous commencerons par la fin, ou presque. Pourquoi pas, tant que c'est clair! Une sordide affaire de tueur en série est terminée, bouclée. Un enquêteur du 36, Quai des Orfèvres, savoure son moment de gloire et sa nomination devant tous ses collègues et la Presse. A juste titre?

Un autre homme, également enquêteur au 36, savoure quant à lui sa dépression, sa déchéance et ses relents d'alcool. A juste titre?

Eh bien nous allons revenir quelques mois en arrière pour le savoir. Le dépressif est le commissaire principal Florent Bargamont. Quant à celui qui défraye la chronique pour la qualité de "son" enquête, il répond au nom de Daniel Cholle, commissaire.

Étant donné que je suis dans les personnages, je tiens à relever le fait que l'auteur a une manière très subtile de les présenter. Par exemple, pour le com princ Florent Bargamont, nous avons droit à une description complète et précise bien avant de le voir entrer en scène!

Et quel personnage! Froid n'est pas un terme adapté, glacial non plus, c'est un peu au-delà. Sociable? Même pas avec lui-même. Mais par contre, niveau enquêteur, difficile de faire mieux. Son truc est de s'occuper des affaires les plus sordides, les plus noires, impliquant des personnes qui ont donné leur âme - si elle existe encore - au diable. Et ce flic aime infiltrer ces âmes perdues, se mettre à la place de ces monstres pour les détruire de l'intérieur. À quel prix...

Au niveau du caractère de cet homme, je reprocherais à l'auteur de ne pas avoir su garder cette ligne représentant un esprit inaccessible et glacial. Très rapidement, je remarque que ce flic, au fond, n'est de loin pas un iceberg. Remarque très personnelle, je l'admets. Mais paradoxalement, au final, on se retrouve face à un homme très complexe, fragilisé par le passé, endurci par son job, soit confronté à des émotions assez vives et radicales. Ce flic nous surprendra.

Bref, nous allons nous rendre avec lui sur une scène de crime sordide, violente et inquiétante. De longues souffrances semblent être le but de la manœuvre. Relativement gore. Florent Bargamont - dit Barga pour les intimes, soit presque personne -, sera dès ce premier jour d'enquête accompagné de la belle Emmanuelle de Quézac, une jeune criminologue motivée, qui est là pour apprendre, mais aussi pour s'engouffrer dans le noir absolu.

Un détail non négligeable et pas des moindres: l'auteur du massacre a laissé un message pour les enquêteurs. Cela sera le début d'un long et douloureux jeu macabre sur des notes de charades.

Jusqu'ici, un scénario assez standard, connu, mais bien écrit. L'envie de poursuivre est grande, bon signe! Les personnages sont bien épais, aux caractères bien trempés. L'auteur leur laisse le champ libre pour nous enfouir complètement dans leur univers.

Les scènes de crimes vont s'enchaîner avec des scénarios plutôt "dégueu". Il faut dire qu'il a de l'imagination notre auteur! Les sévices perpétrés sur les différentes victimes sont assez recherchés au niveau de la douleur!

Plusieurs aspects sont mis en avant dans cette histoire, à commencer par les "guéguerres" au sein des brigades du 36. Ça chauffe pas mal, ça se jalouse et ça se cache des infos pertinentes. En gros, nous observons la manœuvre de gros débiles qui n'ont absolument rien compris à la mission de base d'un policier soit, ici, identifier et interpeller l'auteur de massacres. Mais lorsque l'ego passe avant toute chose, c'est foutu d'avance. Alors que pour déloger et barrer la route à un tel détraqué, il faudrait plutôt travailler "main dans la main".

À ce niveau, donc par rapport à la procédure d'enquête, j'ai estimé que c'était tout de même un peu poussé et parfois manquant de cohérence. Se la jouer solo, oui, cela peut se faire. Mais là, il y a quelques points qui sont pour moi carrément irréalistes. Je ne peux pas être précis sur ces faits car je ne veux pas spoiler, mais cela concerne certaines interpellations. Même en voulant travailler "sous le radar", il y a des choses - à mon sens - qu'on ne peut pas se permettre au risque de casser toute la procédure et aboutir sur un vice de forme. Pour une enquête de ce calibre, le risque n'est pas permis. Un bon avocat et tu peux faire une croix sur tout ce que tu as entrepris.

Pour poursuivre au niveau de la procédure, j'ai aussi été surpris par le fait de transmettre des pièces importantes de l'affaire a un parfait inconnu qui, par ses connaissances artistiques, pourrait faire avancer les choses. Mais bon d'accord, c'est de la fiction, je l'entends bien.

À présent, lorsqu'on connaît le dénouement - très bon dénouement! -, il y a quelques points qui peuvent tout de même être compris. Je n'en dirai pas plus.

L'enquête, justement, - longtemps au point mort - va se poursuivre et nous amener vers un sacré taré de la cervelle. Toute psychologie sera vaine pour essayer de comprendre le schéma d'un tueur aussi instable et irrégulier.

L'attrait du roman, pour moi, sera là: cerner et comprendre les motivations de ce malade. Et bien entendu l'identifier. L'auteur nous fournira toutes ces réponses lors du dénouement.

Concernant l'identification de l'auteur de ces massacres, j'ai rapidement eu ma petite idée, sans pour autant en mettre ma main à couper. Néanmoins, au niveau psychologique, cela reste très intéressant. Si vous êtes passionnés par les déviances, vous y trouverez votre compte.

Concernant l'énigme, la charade, j'ai eu peur un moment qu'il s'agisse juste d'un élément alibi dénué de sens, car cela ne me paraissait pas vraiment pertinent. Au final, bravo! C'est très pertinent, cela se tient et j'irais même jusqu'à dire que c'est assez subtil. Bien vu!

Pour un premier roman, plutôt bluffant!

Bonne lecture.

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Nathalie Mota 29/01/2017 15:08

Sans doute un peu trop violent à mon goût mais saluons cette maison d'édition pour la chance qu'elle offre à ne nouveaux auteurs!

Paco 29/01/2017 19:09

J'admets que les scènes sont assez gores! :-)