"Brutale", de Jacques-Olivier Bosco

Publié le par Paco

"Brutale", de Jacques-Olivier Bosco
Éditions Robert Laffont / 2017
Collection La Bête Noire
397 pages

Un mot sur l'auteur, c'est inévitable!

Jacques-Olivier Bosco, qui écrit à la serpe et découpe ses paragraphes à la hache, fait dégouliner beaucoup de sang sur la surface de ses pages. Voici un auteur que je suis assidûment, pour plusieurs bonnes raisons: la qualité de ses personnages, puissants, charismatiques, suivant des codes d'honneur et fonctionnant aux tripes. Mais aussi pour la qualité des scènes qu’il déroule au fil des pages, dignes de grands films de banditisme, constituées d'adversaires n'allant pas par quatre chemins pour arriver à leurs fins, mais suivant tout de même des règles strictes.

Lire du Jacques-Olivier Bosco - du JOB -, c'est se faire extrêmement du bien, un bien viscéral. C'est être confronté à des personnages qui exécutent des actions qui nous touchent et qui nous sont, d'un point de vue moral et étique, quasiment inaccessibles. Démolir un salopard, détruire un violeur, démonter un tueur d'enfant ou encore aller jusqu'au bout d'une vengeance. Des justiciers se faufilent très souvent entre les pages de ses romans, des justiciers qui sont loin d'être en phase avec la justice. Et encore, que veut vraiment dire le mot "Justice"? Qu'est-ce qui est juste? Et, surtout, par rapport à quoi?

Souvent, chez JOB, nous croisons UN personnage qui se démarque des autres et qui nous prend aux tripes. Cela sera encore une fois le cas ici. Cerise sur le gâteau: nous aurons même l'honneur de croiser la route d'un personnage qui m'avait énormément marqué dans un précédent livre de Jacques-Olivier Bosco. Rien que pour ça, merci!

Côté "flic", l'auteur n'essaye pas de nous épater en se lançant dans des procédures de police complexes, fidèles à la réalité et suivant des règles strictes. Non, son but - c'est moi qui le prétend - est plutôt de nous fournir une quantité phénoménale d'adrénaline en nous poussant toujours plus fort dans une pente, sans aucune possibilité de remonter. Car pour les procédures, c'est plutôt "rien à battre, faut que ça passe et que ça donne des résultats pour aller plus loin!"

Ce millésime 2017, - soit dit en passant avec une magnifique couverture! -, est-il à la hauteur de mes (grandes) attentes? Je dois dire que oui. Ce n'est pas dans la subtilité qu'il faudra aller chercher, mais dans l'action à l'état pur!

Le prologue est violent, prometteur, écrit sous le signe de la vengeance, déjà. J'adore ça. Nous découvrons également la présence d'une personne qui, je l'imagine, va nous faire passer des moments mémorables!

Jacques-Olivier Bosco nous fera voir ici un peu de pays, tel un employé d'une agence de voyage macabre. Oui, car notre périple débute en Tchétchénie, où nous allons débarquer au milieu d'une enquête concernant des nones vierges - pléonasme? - égorgées comme du gibier et vidées de leur sang. Pas grand-chose pour les enquêteurs, peut-être juste un lien qui les amène en France, à Paris.

Une organisation extrêmement bien menée semble être active au niveau international dans les enlèvements, puis dans des pratiques plus que douteuses, impliquant médecin psychiatre, chirurgien et même un prédateur psychopathe axé sur la traque.

À Paris, justement, nous abordons un personnage fascinant, LE personnage. Lise, 28 ans, bretonne, flic à la PJ. Un personnage qui nous bouleverse dès les premières secondes. Ultra violente, hyperactive, dure et fragile, belle, mauvaise, juste et pas très réglo à la fois. Une panoplie complète de paradoxes à outrance! J'adore cette fille.

Un personnage bouleversant qui semble contenir une grande frustration. Lise est malade, depuis qu'elle est enfant. La violence extrême est sa maladie. Le Bien ou le Mal, pas facile pour elle d'en discerner clairement la différence. Et lorsqu'un flic commence à tout mélanger à ce niveau-là...

Cette fille est indomptable, ingérable, un électron libre qui, une fois lâché, risque de foutre une sacrée merde à tout moment. Mais c'est aussi une sacrée flic, qui ne lâche rien, qui n'a peur de rien - à part peut-être d'elle-même -, et si vous êtes dans son collimateur, vous êtes quasiment foutu.

Soutenue par sa hiérarchie - au plus haut niveau -, qui préfère poser des couvertures thermiques partout où elle boute le feu, afin d'éviter de discréditer cette institution qu'est la police, Lise Larteguy peut plus ou moins compter sur une "certaine impunité". Sa lignée familiale pèse également lourd dans la balance qui a tendance à se pencher du bon côté pour elle... La police est une grande famille! Une vieille promesse entre deux amis lui donnera un accès total à la profession.

Bref, un électron libre ultra-violent sous les ordres d'un chef qui doit faire avec, pour le meilleur et bien sûr pour le pire.

Lise a néanmoins trouvé une solution pour canaliser sa violence. Lorsqu’elle sent monter en elle le côté sombre de son être, sa maladie, elle sort "ses dossiers" qu'elle a longuement étudiés et préparés et endosse le rôle de justicière. Combattre sa violence par la violence et tenter de rester juste d'un point vue moral, il faut assumer! On en revient finalement à la fameuse justice...

L'auteur nous présentera ici de nouveaux locaux de police Hi-Tech, le 36 Quai des Orfèvres ayant été relégué au rang de musée. Original, pourquoi pas! Encore une fois, l'auteur n'essaye pas de nous faire une visite guidée de ce qui se fait vraiment dans la réalité. C'est aller finalement un peu plus loin! La réalité, de toute manière, on la connaît déjà.

Ce qui va être fascinant, c'est de suivre le combat d'une flic, - déjà à la base ultra-violente -, qui a été touchée au plus profond de son être par un adversaire qui s'est attaqué à la seule chose qui compte vraiment pour elle: sa famille. Dès ce moment-là, cela sera "débrouille-toi comme tu peux"; Lise va devoir improviser pour avancer dans son enquête. Le niveau de maîtrise va être assez douteux, fragile et quelque peu aléatoire.

Nous pourrons ainsi apercevoir jusqu'où peut aller une personne hyper violente pour venger ses proches. Et lorsque c'est en plus un flic qui est aux commandes, la donne change et prend encore une ampleur différente. Le côté psychologique de la personne sera très intéressant à suivre! Nous avons à faire à une bonne personne qui a des réactions plutôt "mauvaises", tout un paradoxe!

Jacques-Olivier Bosco nous a mis entre les mains un personnage que j'aurai envie de voir encore longtemps. Oui, car malgré tout, on s'y attache énormément ...

Et, bien sûr, un dénouement constitué de feux et de flammes, mais aussi d'une bonne part d'émotions. Jacques-Olivier Bosco enfonce le point final avec une lourde masse, et non avec la pointe de sa plume.

Bonne lecture.

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Angelilie 15/02/2017 13:05

beau blog. un plaisir de venir flâner sur vos pages. une belle découverte et un enchantement. au plaisir

Paco 15/02/2017 13:29

Que dire.. merci!

Nathalie 04/02/2017 18:28

Quand j'ai lu "Quand les anges tombent" , c'est la tendresse qui ressortait des pages. il semblerait que JOB a fait ressortir son côté bestial dans celui-ci :)

Paco 04/02/2017 23:08

À fond oui!