"Rien ne se perd", de Cloé Mehdi

Publié le par Paco

"Rien ne se perd", de Cloé Mehdi
Éditions Jigal / 2016
270 pages


Cloé Mehdi met en avant certaines épreuves de la vie qui ne sont pas toujours très bien comprises, ou plutôt difficiles à juger. Pour donner un exemple: être coupable ou innocent. Innocent, on peut l'être au sens de la loi, mais pas au sens de sa propre foi. Pour moi, l'inverse s'applique aussi. Ce sujet a bien capté mon attention car il est très délicat à aborder, surtout au niveau des émotions.

Nous survolerons également l'ambiance d'un hôpital psychiatrique, par le biais de personnages qui nous racontent comment se passent les choses et que nous suivons dans cette demeure de demeurés. Que c'est moche et inutile! Mais ça je le savais déjà. C'est mon propre avis, je l'assume.

Le thème du suicide sera également abordé, même d'une manière intensive, thème qui rejoint tout à fait mes propos ci-dessus... 

Je reviendrai sur d'autres aspects. Mais vous l'aurez compris, en ouvrant ce roman, vous pénétrez dans un antre qui n'a pas de place pour l'espoir. C'est sombre.

Mattia est un garçon de 11 ans. Déjà après avoir tourné quelques pages, nous constatons que cet enfant n'a pas la vie d'un gamin de 11 ans. Rien n'est encore clair, évidemment, mais les quelques signes que nous décelons nous le confirment: langage, réflexes, méfiance, réactions vives et subtiles. Il est carrément sur ses gardes.

Pas étonnant. On le saura pourquoi, petit à petit, page après page, celles-ci donnant de grands coups répétitifs dans la gueule de l'espoir et de l'espérance. Comme Mattia, une bonne partie des personnages de ce roman vivent sans trop savoir pourquoi, en faisant abstraction du futur et en tentant d'oublier le passé. Mais si le futur peut encore rester plus ou moins flou, le passé, quant à lui, vous suit à la trace et vous crie dessus à chaque pas pour vous rappeler qu'il est là. Et le passé, ici, certaines personnes ne sont pas prêtes de l'oublier.

Mattia est sous la garde officielle de Zé, un jeune adulte un peu tourmenté, plutôt irresponsable, qui vit avec une copine aux idées noires, qui n'arrive plus voir où se situe les raisons qui la motivent à rester en vie. Mattia les aime bien, mais il faut dire qu'il n'a pas vraiment eu le choix. Son père, interné dans un hôpital psychiatrique, s'est suicidé et sa mère n'avait plus vraiment envie de s'occuper de lui. Néanmoins, la complicité qu'il y a entre le gamin et son jeune tuteur semble assez forte et bien palpable. J'ai beaucoup aimé cette relation improbable.

Entre résilience et courage, notre jeune Mattia va devoir affronter un adversaire plutôt coriace: la vie. Mais pas seulement. Un événement qui s'est produit avant sa naissance, qui ne le concerne même pas, va le tourmenter toujours un peu plus: la mort d'un gamin de 15 ans lors d'un contrôle de police.

Cet événement passé et tragique sera le fil rouge de cette intrigue.

Cloé Mehdi nous relate la vie d'un enfant qui a vu trop de choses, bien trop tôt dans son existence. Il est évident que c'est difficile à tout âge de surmonter des épreuves douloureuses mais, lorsqu'on est gosse, ce sont tous vos repères qui disparaissent un à un pour ne laisser que du vide. Le petit Mattia s'est donc nourri de vide, de souffrance puis de silence.

Ce jeune de 15 ans, qui est mort lors d'émeutes, que Mattia ne connaît que par le biais de graffitis sur les murs de sa cité, est sûrement un substitut pour lui, un combat qui n'est pourtant pas le sien mais un événement qui reste important - vital? - à ses yeux. Mais malheureusement le lien ne s'arrêtera pas là.

L'auteur, par cette histoire, ne se range pas vraiment du côté des flics. Ici, la police est synonyme de ripoux violents, haineux, racistes, avec la matraque qui démange. Bien qu'il y en ait au sein des forces de l'ordre, évidemment, cela ne reste de loin pas une majorité. À lire ce roman, on pourrait presque en croire le contraire. Les méthodes décrites ici sont les clichés parfaits du connard de flic, genre taureau boosté aux testostérones, qui s'oppose au jeune rebeu qui n'a rien fait mais qui reçoit tout de même son lot de claques.

Mais l'auteur, dans cette noirceur policière, donnera tout de même quelques explications "à décharge". Celles-ci ne pèseront cependant pas bien lourd, vu les faits. Dérapages, bavures, peurs, "trop plein", irrespect, non compréhension,  haine, incompatibilité ou encore méconnaissance, voici quelques termes qui expliquent peut-être ce qui arrive parfois (et qu'il est trop tard pour corriger?).

Au final, l'auteur nous présente un fait divers tragique avec ses nombreuses répercussions qui ont absolument tout détruit sur leur passage.

J'émets tout de même ce petit bémol, soit le fait de tout balancer à charge. Le monde n'est pas blanc ou noir, il y a des milliards de nuances, dans les deux sens.

Bonne lecture.

Commenter cet article