"Un zéro avant la virgule", de James Holin --- Une merveille!

Publié le par Paco

"Un zéro avant la virgule", de James Holin
Éditions Ravet-Anceau / 2016
278 pages

La comptabilité, est-ce votre truc? J'espère un peu - pas crucial non plus! -, car ici nous allons parler chiffres et, surtout, nous allons les contrôler en compagnie des personnages de ce roman. Églantine de Tournevire est magistrat à la Cour des comptes, une administration qui est chargée de contrôler la régularité des comptes publics, de l'Etat ou encore des entreprises publiques. Pas très sexy tout cela. Mais...

... cette jeune femme, au tempérament de feu, qui dégage mille braises au simple touché, nous tapera dans l'œil dès le début! Une femme active, voir hyperactive, cash, sûre d'elle, instinctive et en plus qui roule en Morgan décapotable: une femme de goût! Goût du risque? Peut-être aussi.

Avec son collègue un peu coincé du cul, elle va se rendre dans le Calvados, plus précisément à Deauville, en Normandie, afin de vérifier les comptes d'un musée de sculptures contemporaines. La directrice ayant un bon pied dans le milieu politique, le mot "sensible" sera murmuré bien quelques fois. Quant au comptable de ce musée, c'est dans la tombe qu'il mettra les deux pieds: il est retrouvé raide mort, assassiné.

Après quelques pages parcourues, le lecteur appréciera déjà la vivacité des personnages, même secondaires. Le style d'écriture nous permet de visualiser les scènes avec une grande facilité. C'est assez bon signe! La description et surtout la psychologie des personnages nous sont transmises par une écriture habile et simple à la fois. L'auteur semble très à l'aise pour les faire évoluer, respectivement il semble les connaître par-cœur. Cela peut paraître évident, mais je trouve opportun ici de le relever.

Ce qui m'a grandement interpellé, c'est cet humour absolument divin qui s'incruste dans diverses scènes. L'auteur a l'art de caricaturer diverses couches sociales avec un certain brio agrémenté d'un humour fin et tellement parlant.

Je retiendrai les interactions entre personnages issus du gratin politique de Deauville; c'est du nectar, non c'est carrément de la gelée royale d'une pureté totale! James Holin, vous me vendez du rêve avec ces descriptions totalement justes et réelles de ce monde d'hypocrites lécheurs de c... fesses.

Paradoxalement, nous allons également suivre des événements plus tragiques, bien moins portés sur la dérision, c'est le moins que je puisse dire. L'auteur n'a visiblement pas peur de nous emmener vers des contrées plutôt glauques et perverses.

L'intrigue est bien ficelée. L'enquête menée par le capitaine Arnaud Serano, du commissariat de Deauville, sur la mort suspecte du comptable, touche bien des domaines. Entre magouilles politiques - pléonasme? - le milieu de l'art - ou l'art de savoir bien magouiller -, ou encore le sexe plutôt hard, décalé et violent, il y a de quoi faire. Ces trois éléments ne seront bien entendu pas très compatibles, surtout le premier et le dernier!

C'est un réel plaisir de suivre ces personnages que nous rencontrons petit à petit. Encore une fois, je dois admettre que l'auteur reste pour moi un virtuose pour créer, puis faire évoluer ses protagonistes. Il sait surtout les diriger vers des situations plutôt scabreuses, embarrassantes et bien délicates! Un régal.

Que demander de plus? Nous avons une femme ravissante et pleine de charme, une directrice de musée aussi sensuelle, enivrante que dangereuse et maléfique, un flic droit et compétent, un proxénète moldave aussi con et violent que ses deux clébards, ou encore un maire "m'as-tu vu" qui se serait bien entendu avec le Marquis de Sade s'il avait vécu au 18ème siècle ...

Tout ceci dans un univers lié à l'Art, la prostitution ou encore le détournement de biens publics.

Vers le dénouement, l'auteur se déchaîne carrément et là, franchement, ça déchire! Nous aurions presque l'impression de suivre une pièce de théâtre genre vaudeville. Pour le dire différemment, d'une manière moins distinguée, j'aurais tendance à dire que tout part en couille! Mais attention, toujours avec ce mélange parfait d'humour caustique et sarcastique.

Le prestigieux festival du film américain restera ici sur un millésime plutôt confus, fade et viscéral. Pour ce dernier qualificatif, il faudra aller chercher le sens propre du terme. Vous comprendrez lors de cette lecture!

Je vous confierais encore le fait que je me suis parfois surpris à rire tout seul, comme un con, en lisant certaines scènes. Rien que pour cela, je dis merci, car ça fait vraiment du bien!


Bonne lecture.

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Alex-Mot-à-Mots 18/07/2016 21:30

Vite, vite, je le note.

Bernieshoot 12/07/2016 15:08

un polar qui a pour ressort les personnages et qui a des scènes qui prêtent à rire, j'ajoute à ma PAL