"Terminus Elicius", de Karine Giébel

Publié le par Paco

"Terminus Elicius", Karine Giébel
Éditions Pockets / 2004
249 pages

"Si quelqu'un t'a mordu, il t'a rappelé que tu as des dents." Proverbe de source inconnue.

Voici une terrible et profonde histoire de vengeance. Terrible car intense et violente; profonde car désespérée, accablante et séculaire. La vengeance est pour moi un sentiment qui est fort, parfois excessif, souvent immodéré, mais ô combien délivrant. Elle ne résout souvent rien, c'est vrai, mais c'est tellement humain, aussi, de retourner le mal que l'on a subi. Est-ce un sentiment de justice? Vaste sujet.

Le train-train quotidien. Ce terme prend tout son sens dans ce thriller. Jeanne, personnage aux manies quelque peu étonnantes, prend tous les jours le train et le métro aux mêmes heures, toujours à la même place, ne surtout rien changer.

Cette femme extrêmement maniaque, qui travaille comme secrétaire dans un commissariat près de Marseille, effectue toujours les mêmes gestes d'une manière extrême et excessive. Peur du changement, de l'inconnu?

L'inconnu, justement. Un soir, un inconnu va lui laisser à côté de son siège habituel, plus précisément entre les sièges, une lettre manuscrite. Cette surprenante missive révèlera son amour pour elle. Un homme qui est là tous les jours, dans ce transport en commun, souhaitant apparemment entrer en contact avec elle. Mais cet homme ne va pas en rester là, il va lui raconter sa vie, toujours en lui laissant des lettres.

Lui raconter sa vie consistera notamment à lui expliquer comment et pourquoi il tue froidement des gens qui, selon lui, ne méritent plus de vivre. Jeanne ne pourra cependant pas vraiment réagir face à cet homme qui sait apparemment tout d'elle et qui connaît toutes ses petites habitudes. De plus, la mise en garde semble assez claire et explicite.

Jeanne est une femme sérieusement paranoïaque de nature, semblant souffrir de troubles de la personnalité. Se retrouver alors la confidente d'un tueur "en série" va devenir un sérieux problème pour elle. Un homme manipulateur, fou et dangereux contre une femme paranoïaque, solitaire, influençable et très fragile, cela va devenir un face à face compliqué et très pervers.

Jeanne va devoir choisir entre le dénoncer, faire face à une peur chronique et extrême, ou alors se laisser aller dans une sorte de compréhension, d'association de sentiments avec cet homme sadique, peut-être même un partage de frustrations communes. Un jeu dangereux, malsain et immoral dont elle ne peut sortir indemne d'un côté comme de l'autre.

L'auteur nous transmet de drôles de sensations. Nous avons une vision policière, au sein-même d'une enquête, qui nous place face à un monstre sanguinaire et extrêmement déterminé, mais aussi face à un homme qui, par le biais de cette correspondance avec cette femme, nous donne une autre facette de lui-même. C'est assez gênant mais c'est une approche très intéressante. Nous sommes pris à partie.

Au final, comme pour beaucoup de romans de Karine Giébel, nous errons entre maintes émotions, mais avec une perception qui nous dirige souvent vers une bonne part de compréhension.

Comprendre, sans pour autant cautionner.

Bonne lecture.

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Alex-Mot-à-Mots 05/07/2016 19:08

Un des rares roman de cette auteur que je n'ai pas encore lu.