"Les racines du sang", de Natacha Calestrémé

Publié le par Paco

"Les racines du sang", de Natacha Calestrémé
Éditions Albin Michel
325 pages

Cette histoire commence assez fort. Nous sommes rapidement dans le vif du sujet, respectivement sur une scène de crime. Victime connue, médiatique, un professeur d'un laboratoire pharmaceutique. C'est sensible, délicat, et l'enquête ne va de loin pas se résoudre toute seule, peut-être même qu'elle va être agrémentée de pas mal d'emmerdes et de pressions.

Cela tombe plutôt bien pour le major Yoann Clivel, il adore ça! Plus c'est tendu, tordu, plus ça le booste! Esprit tortueux? Peut-être bien.

Et ce que j'adore, pour ma part, c'est cette histoire racontée à la première personne, soit par les mots de l'enquêteur Yoann Clivel. Cela nous donne une vue directe sur les faits, sur la perception et les sensations de notre interlocuteur. Du live. De plus, pour ne rien gâcher, c'est plutôt bien amené.

Ce flic aux origines basques, toujours aussi réfractaire vis à vis de ses collègues de la Crim', nous plaît assez rapidement, l'auteur brossant un portrait clair et précis dès le départ. Au niveau des personnages, je sens déjà que cela va le faire. D'ailleurs, nous en connaissons déjà bien quelques-uns, à condition d'avoir lu les précédents romans de l'auteur.

Nous verrons que notre flic ancien "coureur de jupons", - qui tente plus ou moins de se caser -, aura bien du mal à rester zen, surtout en présence d'une juge d'instruction qui sait où donner de la flamme! Personnages tourmentés...

Le récit présente un sacré bon rythme. D'une part, il y a l'enquête, évidemment. Et d'autre part, l'auteur insiste assez fort sur la sensibilité des personnages. Concernant Clivel, nous allons entrer dans sa sphère privée, un antre très complexe et quelque peu douloureux. Nous sommes en compagnie d'un type qui ne s'oriente pas vraiment vers la facilité, et ceci parfois à ses dépens. Chercher des difficultés où il n’y en a probablement pas, c'est finalement une grande spécialité de l'être humain! Ou alors est-ce valable que pour moi?

Mais il y aura aussi d'autres douleurs, celles que l'on n'a pas du tout provoquées et qu'on subit immanquablement un jour ou l'autre.

L'écriture de Natacha Calestrémé est sûre, habile et suit des sillons qui mènent vers de solides bases du roman policier. Pas de lourdeur - je haïs cela -, c'est fluide et ça fonctionne. C'est vivant, consistant et cohérent. Je relève peut-être encore le fait que l'auteur semble avoir une facilité déconcertante pour faire évoluer ses personnages, pour leur donner une vivacité et une crédibilité certaine. Appréciable!

Quelques éléments dits surnaturels agrémentent un peu cette histoire. En légèreté, heureusement, car je ne suis pas fan. Mais, ici, cela donne un certain poids sur des émotions et c'est plutôt pas mal amené... C'est davantage basé sur de l'hypersensibilité que sur du surnaturel donc, au final, nous sommes en présence de faits absolument plausibles. Sympa d'y croire, surtout pour un sceptique comme moi.

L'auteure touchera également le domaine de l'autisme, un trouble du comportement qui peut, s'il est utilisé intelligemment, mettre en avant ces personnes particulières.

L'enquête en elle-même est intéressante, surprenante. Un homme tué d'un seul coup de couteau dans la carotide, présentant une rose blanche dans la plaie et du sucre bio plein la bouche et l'œsophage, ce n'est pas trop courant. Et ce qui l'est encore moins, c'est que ce mode opératoire a déjà été utilisé quelques mois auparavant.

Une enquête qui nous emmènera également au Burkina Faso, sur les terres de grands fans de magie noire. Là aussi, Natacha Calestrémé nous présente habilement ce côté sauvage de la société, par ses coutumes très primaires et, par la force des choses, assez particulières, tout ceci pour ne pas dire choquantes.

Si le vol d'une chèvre se termine par la mise à mort évidente de l'auteur de ce vol, pour la police, c'est un cas de moins pour eux. Nul besoin d'intervenir, les citoyens ont trouvé un terrain d'entente, respectivement ils ont réussi à s'arranger en bonne et due forme! Il s'agit d'un exemple qui m'a quand-même fait sourire, je l'avoue. (Je me marre encore, c'est grave?)

Blague mise à part, - même si cela n'en est pas une -, la pauvreté, les vieilles coutumes qui ne changent visiblement jamais et le mode de vie de certains peuples présentent une puissante différence avec notre société. Aucun jugement par-là, juste un constat.

L'avancée de l'enquête nous donnera quelques détails sur la direction à prendre pour réussir à desserrer des nœuds assez bien réalisés et ainsi libérer les éléments qui nous conduirons vers les réponses que nous voulons obtenir. Il faudra aller chercher dans le secteur pharmaceutique, ça va de soi, mais aussi sur quelques comportements qui ont conduit à la violence, respectivement à la vengeance. A la justice?

Actions, réactions; ce n'est pas nouveau...

L'auteure, par cette intrigue, déroule des kilomètres de papier et met à plat les plans d'une puissante magouille d'ordre sanitaire, impliquant un bon nombre de maillons d'une solide chaîne bien pourrie.

Natacha Calestrémé aime appuyer là où la planète souffre et, ainsi, mettre en avant des aberrations totalement inhumaines, mais pourtant bien humaines, malheureusement!

Cela fait toujours du bien qu'on nous le répète quelques fois...

Bonne lecture.

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