"Chasses à l'homme", de Christophe Guillaumot

Publié le par Paco

"Chasses à l'homme", de Christophe Guillaumot
Fayard Édition / 2008
439 pages


C'est avec le sourire aux lèvres que nous entrons dans le bureau du lieutenant Caramany. C'est un peu un sentiment égoïste, je l'avoue, car la scène que nous suivons est loin d'être confortable pour ce lieutenant de la criminelle de Paris! L'IGS - les bœufs-carotte - débarquent en force dans son bureau suite à une plainte pour viol: il en serait l'auteur et tout l'accable.

Pourquoi cela prête à sourire? Car le style utilisé par l'auteur déborde de légèreté, d'un certain humour et de gros clichés. Les flics de l'IGS sont d'un ridicule à toute épreuve et je dois admettre que cela m'a rapidement mis dans un bon état d'esprit, très agréable à lire, tel que lorsque j'ouvre un polar d'Andrea Camilleri. Pourquoi cette comparaison? Car nous avons l'impression de suivre une pièce de théâtre à ciel ouvert!

Mais cette légèreté, au fil des pages, va bien être mise à mal par une volumineuse chape de plomb. L'affaire est vraiment merdique, si j'ose me le permettre.

Le lieutenant Caramany est un ancien des stups, un bon, un malin, qui a été mis au placard suite à une belle affaire. Son erreur? Avoir donné un petit "susucre" pour obtenir le graal en terme de saisie d'héroïne. C'est bien, mais ce n'est pas dans les manuels, donc ce n'est finalement pas si bien... Résultat: s'occuper à longueur de journée d'affaires plutôt banales, ou encore essuyer une probable vengeance.

Nous ferons également un bout de route avec le commissaire Saint Hilaire, qui sera la personne recevant le premier appel à l'aide provenant de son adjoint accusé de viol. Quelques conflits d'intérêts plus tard, la situation se compliquera encore un peu, et deviendra assez sensible, ou plutôt déstabilisante, voire embarrassante.

Le commissaire Saint Hilaire, quant à lui, est un flic tourmenté, depuis que sa femme disparut un beau jour, en partant faire les courses, respectivement en ne revenant plus.

Je profite de l'occasion pour avancer le fait que les personnages qui évoluent dans ce polar sont bien décrits, très "humains". Nous savons assez rapidement vers qui nous tourner pour nous sentir dégoûtés ou alors, inversément, pour ressentir de la compassion. Nous nous sentons assez vite impliqués, c'est plutôt bon signe.

A ce qui a trait à la disparition de cette épouse dont je faisais mention avant, l'auteur nous en dévoile petit à petit quelques éléments et nous fournit quelques morceaux du puzzle. Nous avons bien ces pièces en main, c'est sûr, mais encore faut-il les assembler pour obtenir l'image finale qui en résulte. Et cette image, nous savons qu'elle est importante, voire qu'elle est capitale. Ces informations-là, telles qu'elles sont amenées, restent assez déroutantes. Bien vu.

Concernent notre flic accusé de viol, il n'est absolument pas au bout de ses peines et les emmerdes qui lui claquent à la gueule ne font malheureusement que commencer. A ce niveau-là, nous voyons évidemment venir le piège, - faire tomber un flic -. A ce sujet, ce qui demeurera intéressant et captivant sera de tenter de comprendre comment l'intéressé va bien pouvoir se dépatouiller avec tout ce qui lui tombe sur le crâne. Perso, je ne vois pas!

De toute manière, l'auteur ira déjà bien au-delà. Le volet "Caramany" va évoluer, d'autres interrogations vont rapidement arriver et nous allons passer à une autre phase. Christophe Guillaumot n'est apparemment pas le style d'auteur à patauger dans la semoule et faire du sur-place! Ce qui implique, bien entendu, un rythme assez soutenu.

Au fil de cette enquête, nous allons recevoir plusieurs infos recueillies par les acteurs œuvrant sur cette affaire. Ces éléments vont littéralement nous scotcher sur place: cette fois-ci, c'est sûr, la messe est dite! Une grosse machination se dirigeant vers et contre un ou plusieurs flics de la criminelle semble être en branle, ceci depuis un bon moment. Manque à connaître le "qui", le "comment" et surtout le "pourquoi". Mais même avant de se poser ces questions fondamentales, nous sommes, peut-être, déjà à côté de la réalité.

L'enchaînement est bon. L'auteur pousse rapidement les personnages dans un tourbillon qui les engloutit tous les uns après les autres, de diverses manières. Assez stressant pour le lecteur, donc plutôt plaisant!

La situation qui évolue très vite, - et ceci dès le départ -, place un homme au centre d'une machination subtile et démoniaque, un homme qui devient une proie, bien malgré lui. La chasse est ouverte, les bêtes sont lâchées. Cet homme devra faire fonctionner ses méninges et utiliser son courage pour s'extraire de cette situation peu confortable. Coupable ou non?

Les liens entre les personnages, qui deviennent de plus en plus ambigus, opaques, sauront nous troubler, nous dérouter. C'est bien amené, l'auteur se débrouille bien pour nous enfiler le doute jusqu'à la moelle. Certaines certitudes que nous estimions comme acquises se désagrègeront au fil des pages.

Un certain flic dans ce roman devrait également lâcher quelques certitudes s'il souhaite aller dans la bonne direction.

Concernant l'enquête-même, je retiendrai tout de même quelques hasards qui tombent miraculeusement bien pour faire avancer les choses, tel un visage reconnu sur un magazine. Mais comme le hasard fait bien les choses, on va dire: pourquoi pas!

Au terme de ce polar, tout s'explique, les pièces du puzzle s'assemblent très facilement et nous tournons la dernière page avec la sensation d'avoir suivi une jolie intrigue impliquant des aspects tels que la jalousie, l'amour mortel, la violence, la folie ou encore - et principalement -, des liens familiaux difficiles.

Bonne lecture!

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Alex-Mot-à-Mots 29/03/2016 13:06

Un bon cru pour ce prix alors. Je suis parfois déçue par certain.

Paco 29/03/2016 13:12

Moi aussi